Plougasnou (29) embauche des médecins retraités pour maintenir un service aux habitants

Infos pratiques

Adhérent depuis 2014
Maire : Nathalie Bernard
Adresse : 14 Rue François Charles, 29630 Plougasnou, France
Téléphone : 02 98 67 30 06
Nbre d’habitants : 3261
Superficie : 34 km²
Intercommunalité : Pays de Morlaix
www.mairie-plougasnou.fr
Contact BRUDED : Maïwenn Magnier

Autres expériences de Plougasnou

Au début de l’été 2023, les deux généralistes de la commune ont annoncé leur départ pour la fin de l’année. Une surprise pour la mairie, qui face au risque de pénurie, lance un plan d’urgence pour trouver rapidement des professionnels de santé. Au bout d’une année sans médecin, la commune ouvre, début 2025, un centre de santé municipal avec des médecins retraités prêts à reprendre du service jusqu’à l’arrivée de deux nouveaux médecins en septembre 2025.

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Plougasnou est une commune de 3 100 habitants située au nord de la ville de Morlaix. Grâce à sa situation littorale, elle est particulièrement attractive en période estivale. La commune offre commerces et services à la hauteur de ses besoins, mais fin 2023, sur les quatre médecins présents jusqu’alors, il n’en reste plus aucun. La commune déploie alors son imagination et son énergie pour trouver une issue.

Histoire

La première maison de santé à Plougasnou date de 1973 ; elle était occupée par quatre médecins. En 2017, alors que les locaux étaient vieillissants, les élus décident de construire un nouveau bâtiment. L’idée est d’en faire une maison pluridisciplinaire avec deux parties : une partie du bâtiment a été achetée par des professionnels para-médicaux (infirmiers, psychothérapeute, podologue, etc.) et l’autre a été achetée par la mairie avec trois bureaux médicaux, une salle de soins ambulatoires, deux salles d’attente et une borne d’accueil.

En 2019, les nouveaux locaux ouvrent leurs portes avec trois médecins généralistes. Entre 2020 et 2023, un puis deux et finalement les trois médecins quittent les lieux et aucun repreneur n’assure la relève. Le besoin d’un service médical de proximité est important : on compte 3 100 habitants à Plougasnou et 800 sur Saint-Jean-du-Doigt alors qu’en été, la population frôle les 10 000…

C’était désespérant et nous étions seuls pour régler le problème.

explique Laurène Pasquier, adjointe

Les élus se mobilisent

Les élus se posent la question de la stratégie à mener pour attirer des médecins sur la commune… Un groupe de travail est alors créé regroupant des professionnels de santé et des habitants. Différents outils voient ainsi le jour : des tracts sont réalisés et largement distribués dans le milieu médical (association d’internes en médecine, universités de médecine…), un film publicitaire est diffusé, les réseaux sociaux activés et des banderoles sont posées sur le bord des routes. Tout ce travail porte ses fruits car parmi les dix retours que reçoit la commune, deux sont réalistes. Un médecin venant de Guyane et un autre installé en pays de Bordeaux vont pouvoir venir s’installer en septembre 2025. Mais d’ici là, il n’y aura toujours pas de médecins à Plougasnou.

Vers une solution transitoire et originale

En parallèle, la commune réfléchit à trouver une solution pour combler ce vide. Elle émane des anciens médecins de la commune, aujourd’hui en retraite, prêts à reprendre du service pour venir en aide aux habitants. Ne souhaitant pas encadrer ce projet, la commune se tourne vers divers acteurs qui pourraient peut-être les aider :

  • Ildys, une fondation à but non lucratif qui gère des centres de santé comme celui de Morlaix, Saint-Thégonnec Loc-Eguiner et Roscoff
  • L’association Don Bosco
  • Des contacts sont pris avec les médecins du territoire
  • Le pôle santé de Lanmeur pour proposer de devenir un « pôle annexe »

Malheureusement, aucune de ces pistes ne peut aboutir pour diverses raisons. C’est ainsi qu’en octobre 2024, faute de trouver un organisme en capacité de le faire, la mairie décide de prendre en charge l’organisation d’un centre de santé municipal qui salarierait des médecins retraités. Sous l’impulsion du médecin Michel Biette, une cartographie des médecins retraités sur la commune est réalisée et des réunions avec les médecins volontaires pour reprendre du service se mettent en place. « Cela a pu se faire car on connaît bien les gens, on m’aime bien et ça nous fait revivre de se remettre en action » précise le médecin.

Une bataille administrative

Pour que le projet se réalise, la commune a dû rédiger un projet de santé de territoire (diagnostic social et médical du territoire) à la demande de l’agence régionale de santé (ARS). Elle s’est fait accompagner par l’association ‘la Fabrique des centres de santé’.

Cette structure, qui accompagne les communes dans leurs projets, a été très efficace ; le docteur Colin a été mon rayon de soleil alors que le soutien d’autres organismes n’était pas au rendez-vous comme on l’aurait souhaité

Laurène Pasquier, adjointe

Le projet validé par l’ARS a été déposé auprès de l’ordre des médecins et à la CPAM. La commune pouvait ainsi adhérer à l’association des centres de santé et obtenir un numéro de Siret pour cette activité.

L’ordre de médecins était peu enthousiaste par cette démarche qui proposait de remettre en selle des praticiens qui avaient arrêté leur profession depuis plus de trois ans. Aussi, chaque médecin a passé un entretien devant des professeurs et effectué des stages de mise à niveau. Ils se sont engagés à assurer des permanences en binôme afin de pouvoir se relayer et s’entraider.

Il y a un risque lié à notre âge et au manque de mise à jour de nos compétences mais nous avons convaincu l’ordre des médecins que le risque de non-assistance auprès d’une population était bien plus grand que celui d’être parfois mis en difficulté (on peut aller chercher des compétences auprès des confrères…)

Michel Biett, médecin retraité

Chaque médecin a obtenu un agrément individuel pour lui permettre d’assurer cette fonction provisoire.

Le centre de santé éphémère municipal est né

Une fois les étapes administratives franchies, la commune a ouvert le centre « éphémère » le 20 janvier 2025. On y compte sept médecins (six généraliste et un dermatologue). Il est ouvert tous les matins de 8h30 à 13h du lundi au vendredi pour des consultations. Les consultations de 30 min pourront passer à 20 minutes une fois que les médecins auront rencontré un ensemble de patients.

Une coordinatrice de santé est embauchée par la mairie dès novembre 2024 : Anne-Cécile Hervé a travaillé sur la préfiguration du projet et assure la gestion au quotidien et secrétariat du centre de santé. Les sept médecins assurent l’équivalent d’un emploi à temps complet par semaine (ils travaillent environ 4 à 8h/semaine chacun). Présents systématiquement en binôme, ils assurent quelques visites à domicile pour les situations les plus complexes et sont salariés de la commune. Ils font l’apprentissage d’un nouveau logiciel pour permettre d’assurer le suivi des patients. Ils touchent 30% du salaire d’un médecin praticien hospitalier.

Le coût du salariat des médecins a été calculé en fonction des revenus estimés grâce aux prix des consultations : c’était le seul moyen d’assurer la viabilité du projet. Certains médecins ne voulaient même pas être payés, prêts à rendre ce service gratuitement mais la commune y tenait.

Laurène Pasquier, adjointe

À ce jour, on compte une quinzaine de patients par jour soit 75 par semaine depuis l’ouverture du centre.

Des conditions d’accueil pour des médecins en 2025

Afin de faciliter l’arrivée des deux nouveaux médecins prévus à l’automne 2025, la commune facilitera les choses. Elle propose :

  • la gratuité du loyer pendant 18 mois (éventuellement renouvelable une fois selon la situation)
  • la mise à disposition du matériel acquis par la commune dans les cabinets*

La commune demandera aux futurs médecins de s’engager à demeurer sur le territoire de Plougasnou pendant au moins trois ans. Un document écrit sera rédigé à ce propos. « Pour autant, c’est un engagement moral plus que légal mais il importe que les nouveaux médecins s’engagent pour assurer la continuité des soins envers nos habitants » explique Laurène Pasquier.

*les élus n’ont pas encore défini la manière dont ils pourraient ou non revendre ce matériel

Financement

Si les élus ont choisi de mener cette opération, elle n’en reste pas neutre du point de vue financier. La commune a investi :

  • Tracts, vidéo, banderole > 8 000€
  • Accompagnement association « Fabrique de santé » > 5600 €

Il est à noter que la commune s’est inscrite dans le cadre d’un modèle économique strict pour ne pas faire porter un déficit à la commune. Elle a financé du matériel, un logiciel, et doit aussi financer un emploi à temps plein de médecin et un emploi à temps de coordinatrice de santé. Tout cela s’inscrit dans la gestion globale du centre de santé.

Aucune aide n’a pu être mobilisée pour cette opération. Nous aurions dû attendre encore plusieurs mois si l’on avait sollicité l’ARS, mais nous étions pressés d’offrir ce service vital aux habitants et avons fait le choix d’y renoncer. C’est un investissement important mais crucial pour maintenir cet accès aux soins.

Laurène Pasquier, adjointe

 

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rédaction : mars 2025

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